Thérapie brève et hypnose

Jérémy Royaux

revivre après un génocide

Samedi, 10 Décembre 2011 19:25

Guérir et se reconstruire

Revivre après le génocide

Les survivants d’une horreur telle qu’une extermination ethnique doivent continuer à vivre, à se reconstruire malgré les souvenirs qui les hantent. Comment, pourquoi ? Rencontre avec Jérémy Royaux, psychothérapeute.

Comment survivre après un traumatisme tel qu’un génocide ? Quelles séquelles psychologiques peuvent endurer les victimes ?

“Les victimes d’un traumatisme vivent trois types de conséquences. Tout d’abord, des symptômes intrusifs: revivre les événements sous différentes formes comme des cauchemars ou des idées obsédantes. Ensuite, différentes formes d’évitement: l’individu va éviter les stimuli qui sont associés de près ou de loin au vécu traumatique. Par exemple, éviter de sortir de chez lui, de croiser des inconnus ou encore éviter de penser à tout ce qui s’est passé, etc. Enfin, une hyperstimulation physique et mentale:   l’individu reste bloqué dans un état de stress intense, comme si, à chaque instant, il devait être prêt à fuir ou à combattre.”Avez-vous des conseils pour les personnes ayant un tel vécu? “Il faut se donner du temps et se faire confiance. Nous avons tous en nous de nombreuses ressources qui nous permettent de nous adapter à notre environnement. Dans de nombreux cas, cela se fera naturellement et progressivement, à condition d’être dans un environnement soutenant et sécurisant.”

Doivent-elles parler de leur vécu, suivre une thérapie afin de pouvoir évoluer et vivre sereinement  ?

 

“Les conséquences d’un traumatisme sont normales et font partie de la phase d’adaptation. L’individu va petit à petit mobiliser ses ressources pour intégrer ce qui s’est passé et retrouver une vie normale. Ces conséquences peuvent persister quelques jours, quelques semaines voire plus longtemps parfois, mais diminuent progressivement. On parle de syndrome de stress post-traumatique à partir du moment où la situation ne s’améliore pas. Il est alors important d’aller chercher au plus vite une aide psychologique. Pour certains, un soutien psychologique suffira à débloquer le problème. Pour d’autres, il sera nécessaire de se tourner vers des thérapies spécialisées comme l’hypnose, la thérapie cognitive et comportementale ou l’EMDR (NdlR: Eye Movement Desensitization and Reprocessing).”Que faut-il faire pour ne pas tomber dans une soif de vengeance ou de haine? Comment vivre auprès de ses anciens bourreaux  ?“Personne ne pourra répondre à cette question à part les Rwandais eux-mêmes. Il leur revient cette tâche difficile de trouver, jour après jour, malgré la souffrance, une manière de reconstruire une vie normale en vivant ensemble. Victimes et bourreaux seront à nouveau voisins, et ce n’est que par le dialogue que l’avenir pourra se construire.”

interview d'Aurore Dister (la Dernière Heure) avec Jérémy Royaux, psychothérapeute